Le retour des Juifs marocains : un test de confiance envers l’État, sans raison de crainte
Le retour des Juifs marocains : un test de confiance envers l’État, sans raison de crainte
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Retour des Juifs marocains… entre amplification des craintes et pari de l’État sur la solidité interne Par : Bouchouaib Harkati Président de l’Association de solidarité maroco-européenne à Paris – France Correspondant du journal Sawt Al Atlas
À une époque marquée par l’accélération des mutations géopolitiques et l’imbrication des intérêts internationaux, un débat délicat et sensible refait surface autour de l’éventuel retour de Marocains de confession juive vers leur pays d’origine. Toutefois, ce qui interpelle le plus n’est pas tant le fond du sujet que les lectures divergentes qui l’accompagnent, oscillant entre exagération injustifiée et simplification réductrice. La vérité indiscutable est que ce débat nous place face à une véritable épreuve : disposons-nous d’une maturité collective suffisante pour traiter les grandes questions avec la rationalité d’un État, ou restons-nous prisonniers de réactions émotionnelles et circonstancielles ? La peur… lorsqu’elle devient un fardeau La peur, en soi, n’est pas un défaut ; elle traduit un souci légitime de stabilité. Mais le danger apparaît lorsqu’elle se transforme en une amplification collective produisant des perceptions exagérées, déconnectées de la réalité. Présenter le retour d’une catégorie de citoyens d’origine marocaine comme une menace imminente pour les équilibres nationaux ne traduit pas une force d’analyse, mais révèle plutôt une fragilité de confiance en soi. Peut-on raisonnablement penser qu’un pays comme le Maroc, avec son histoire, ses institutions solides et sa profondeur civilisationnelle, puisse être ébranlé par des mouvements humains limités ? Un discours nourrissant ce type de craintes ne protège pas la nation ; il en affaiblit l’image dans la conscience collective. Le Maroc… une mémoire de coexistence irréductible Revenir à l’histoire n’est pas un luxe intellectuel, mais une nécessité pour comprendre le présent. Le Maroc ne s’est pas construit sur le repli, mais sur la diversité et l’interaction. La composante juive a toujours fait partie intégrante de ce tissu, contribuant à l’économie, enrichissant la culture et jouant des rôles majeurs dans la diplomatie et le commerce. Cette présence n’a jamais constitué une menace ; elle a plutôt été un facteur d’équilibre dans une société naturellement plurielle. Ce constat suffit à lui seul à réfuter toute lecture présentant la diversité comme un danger. La véritable force… réside à l’intérieur Les expériences historiques montrent que les États ne s’effondrent pas à cause de “l’autre”, mais lorsqu’ils s’affaiblissent de l’intérieur. Ainsi, la vraie question n’est pas : qui revient ? mais : sommes-nous prêts, nous-mêmes ? La puissance d’un État repose sur trois piliers fondamentaux : Un système de valeurs fondé sur l’intégrité et la responsabilité Une base de connaissance capable de produire et maîtriser le savoir Une économie solide garantissant indépendance et souveraineté Sans ces fondements, les craintes deviennent légitimes ; avec eux, elles perdent tout sens. L’État… quand les institutions priment sur les émotions La gestion de questions sensibles ne doit pas être abandonnée à la logique de l’émotion, mais encadrée par des principes clairs : La souveraineté nationale au-dessus de toute considération Le droit comme seule référence L’intérêt supérieur du pays comme ligne rouge Les discours agitant le spectre d’une domination ou recyclant des concepts historiques dépassés relèvent davantage de l’illusion que de la réalité d’un État moderne. L’approche saine reste unique : une citoyenneté égalitaire et une relation d’égal à égal, sans dramatisation ni soumission. La confiance en soi… première ligne de défense Le plus grand danger pour une nation est la perte de confiance en elle-même. Lorsqu’elle vacille, la société devient vulnérable aux pires scénarios, même les plus irréalistes. La confiance ne se décrète pas ; elle se construit par une conscience lucide des capacités, une compréhension des défis et une volonté constante de progrès. Elle repose sur un équilibre subtil entre ambition légitime et prudence rationnelle. Vers un discours national responsable Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas d’amplifier le débat, mais de le rationaliser. Il s’agit de promouvoir un discours national fondé sur : L’analyse plutôt que l’exagération La rationalité plutôt que l’émotion La cohésion plutôt que la division Les questions liées à l’identité et à la souveraineté ne se traitent pas par des slogans, mais par une vision stratégique, capable d’assumer le passé sans s’y enfermer, de comprendre le présent sans confusion et de préparer l’avenir avec confiance. Conclusion La question du retour des Juifs marocains ne constitue pas en soi une menace ; elle agit plutôt comme un miroir révélant notre degré de maturité collective. Les nations fortes ne craignent pas la diversité, car elles disposent d’une solidité interne qui les protège. La voie juste ne réside pas dans l’amplification des peurs, mais dans la construction de l’homme, le renforcement des institutions et la consolidation de la souveraineté sous toutes ses dimensions. Les États conscients de leur valeur ne redoutent pas l’autre ; ils savent gérer sa présence avec intelligence et assurance.